Finalement on a réussi, en cravachant un peu, à boucler cette campagne de mesure en 8 jours. On est rentré le Jeudi après-midi : pile pour la fête des
comadres, une des nombreuses réjouissances pré-carnavalesques de Tarija.
Avant le début de cette campagne de mesure, Rosario Bascope, la directrice du labo avec lequel on travaille, nous avait demandé de faire « lo posible”
pour permettre aux « chicos » (Javier et Victor) de rentrer avant le début du carnaval. Ce qu’il y avait à la clé de cette requête… c’était une invitation pour le carnaval
d’Oruro !
C'est pas tous les jours qu'on a la chance de voir un truc pareil, un carnaval « patrimoine mondial culturel de l’humanité ». J'ai donc dis voui aux 15
heures de bus après avoir passé une semaine sur les routes. Forcément quand le bus roule sur des cailloux, qu’il y a une épingle à cheveux tous les 30 mètres et que le trajet est ponctué de
coups de frein pour pas rentrer dans le camion d’en face… on dort pas beaucoup. Et encore, moi j’étais bien assis mon siège, presque inclinable, mais il y a avait 5 ou 6 personnes debout dans le
couloir du bus. Le ticket coûte moins cher une fois que le bus est rempli, les passagers debout, c’est du bonus pour le chauffeur….
J’arrive un peu décalqué sur l’altiplano et fais mes premiers pas dans les rues d’Oruro guidé par Javier. Il y a des gringos en pagaille, tous avec un poncho en
plastique sur le dos. Un coup d'oeil vers le ciel, bleu bleu bleu, pas un nuage en vue. Ils sont vraiment ouf ces touristes me dis-je perplexe, … c'est quoi ce trip des ponchos en plastique quand
il fait un pur soleil ?!
J'ai compris rapidement ma gravissime erreur de jugement. Pour avoir une chance de garder une partie de son corps au sec, le poncho plastique est indispensable dans
une ville qui fourmille de personnes armées jusqu’aux dents : de fusil à pompe, de globos (bombes à eau) et de sprays moussants. Chaque coin de rue est une embuscade potentielle, personne
n’est épargné, c’est la guerre totale. A chaque instant, si tu croises le regard d’un passant, un petit sourire peut naître sur son visage suivi aussitôt d’un jet de globos. Même Evo s'en est
pris, par chance le puissant soleil de l'altiplano était au rendez vous
Je pose mes affaires dans la grande baraque de la famille Bascope. Pas le temps de se poser qu'on me pousse vers la sortie pour aller voir le défilé du carnaval. Au
passage pendant ces deux petits jours chez ces Orureños, j'étais comme un roi, j’avais droits explications sur les déguisements, leurs origines, le fonctionnement du carnaval, et en premières
loges du spectacle. Et puis il y avait les deux jolies filles de 20 ans de la Señora Bascope pour m'accompagner, un roi et ses princesses je vous dis : ) Bon ok je dormais sur le canapé, so
what ? ; )
Le carnaval d’Oruro, c’est des milliers de danseurs costumés dansent pendant 3 heures le temps de parcourir les km qui les séparent de la Cathédrale. La ville est
coupée en deux par l’avenue où défilent les danseurs, tout le long, des estrades de 6 mètre de haut, ou s’agglutinent des centaines de milliers de personnes venues de partout pour vivre cette
folie collective.
A peine assis sur ces planches de bois, l’éblouissement s’accomplis. C’est un feu d'artifice de couleurs, de tissus, de formes. Des milliers de filles plus
belles les unes que les autres, des masques hallucinants, des fanfares qui font exploser le mur du son et remuer toutes les jambes sur leur passage, des globos qui volent d'une tribune à l'autre,
de la neige-mousse au goût de citron qui tombe du ciel, toute une ville qui vibre au son des tambours des trompettes.
Il y a les estrades et son spectacle grandiose, et puis il y a derrière les estrades. Et derrières les estrades, c'est un autre monde. C’est un monde ou on trouve
des milliers de vendeurs de globos, de spray-mousse à raser, de bière, de poncho en plastique, de chiens-chauds. C’est
un peu le binz’ avec ses montagnes de cannetes vides, des déchets partout, des odeurs.. odorantes, mais un binz’ avec un tamtam qui résonne au coin d’une place, avec des danseurs en costume
qui discutent un verre à la main après leur défilé. Cette folie c’est un truc à vivre je crois, voir les caporales se mettent à danser, la foule tremble, tellement d'énergie c'est communicatif.
J'ai juste envie de revenir un jour pour faire ce marathon, pour être de l'autre côté et danser pendant des heures, sentir cette transe, être au milieu de 50 danseurs, sauter, crier et
chanter, faire voler ces clochettes jusqu'à ne plus pouvoir tenir sur ses jambes..
*****
Et puis je suis rentré à Tarija… pour profiter aussi du carnaval Chapaco ! Parti dimanche soir, arrivé lundi à 14h30, je prend une ptite douche je file
sur la Plaza principal, la teuf continue…. La Plaza est noire de monde, a priori impossible de retrouver les copains, pourtant j’avance dans la foule et paf je tombe sur un premier groupe de
copain, je continue mon chemin et les surprises continuent. C'est trop bon de marcher au hasard et de se rendre compte qu'il y a finalement pas mal de têtes amies dans le coins : )
Une grande scène est installée sur la place, le groupe est excellent depuis Bob Marley a Skapé en passant par les classiques du coin, il fait danser les milliers de
jeunes tous plus trempés les uns que les autres, globos obligent. Puis le groupe laisse sa place à un DJ, d'abord les tubes américains, puis les regeton, et cumbia, pour finir en beauté
chacalera et cuenca : le folkore chapaco fait résonner sa supériorité. Les potes avec qui j'étais veulent faire une pause mais j'ai envie de continuer surtout avec cette musique là. Je me
fais emporté, une fille m'attrape par la main et je rentre dans la ronde. Et on danse et on danse. Puis la musique s'arrête il fait nuit noire. J'ai l'impression qu'il est 3 heures du mat, on
danse depuis 16h, il est juste 20 h. Je retrouve mes potes et marche dans la douceur de l’été jusqu’à l'appart ou je m'endors du sommeil de l'épuisé.
A quand un carnaval à Prevessin-Moens ?
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