Lundi 12 décembre 2005

J’m’en va. Je pars dans une heure pour Villamontes. Une petite ville au sud du département de Tarija plutôt jolie paraît-il et bien connue pour la chaleur légendaire qu’il y fait.

Je reviens mercredi. Au programme, rencontre avec un scientifique spécialiste de la contamination aux métaux lourds, visites de plusieurs sites d’exploitation d’hydrocarbure, rencontre avec une communauté vivant sur les bords du fleuve Pilcomayo, plus… les imprévus.

J’ai par encore de « sound système » mais je me suis acheté une guitare!  Je commence à gratouiller du folklore d’ici aidé par mon prof : c’est trop bon.

 Allez je vous laisse pour 6 heures de chemins de terre. Hasta luego !

Par Spokito - Publié dans : Tarija, Bolivie
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Vendredi 2 décembre 2005

 

Demain je déménage. Voilà trois mois que je vivais chez les Carrasco. Et dire que je pensais partir après la première semaine de mon arrivée à Tarija !  Vraiment, d’être accueilli dans une famille quand on débarque du bout du monde, ça n’a pas de prix… Je suis resté parce qu’ils me l’ont proposé, parce qu’ils m’ont fait découvrir des tas de trucs que j’aurai jamais fait en me louant une piaule à mon arrivé.

 

 

Mais maintenant je crois que j’en suis à une autre étape,  j’ai envie d’avoir un peu plus d’indépendance, de vivre dans un lieu ou ça soit vraiment chez moi, où je puisse inviter des potes sans problème, mettre la musique à fond… et tous ces trucs à quoi je suis maintenant habitué... Et puis ca va me permettre d’être encré d’une autre manière dans la vie bolivienne, genre je suis encore jamais allé acheter du pain, un truc de ouf,  non ?!! Du coup j’ai cherché un appartement  avec une collègue de bouleau. On s’est trouvé un chouette appart, vaste lumineux, avec une petite terrasse, vue sur les montagnes, de l’air, pas loin du parc Bolivar… un petit nid d’où son nom aux origines de Santa Cruz : "el Pahuichi"

 

 

Avant même de partir je suis déjà un peu nostalgique de la rue Domingo Paz…  du marché central à deux pas et demi, de mon café Internet favori, de bruit, de la jolie voisine d’en face ; ) , des gaz d’échappement des taxis et micros en pagaille, d’Umberto qui travaille au rez de chaussé et ses discussions sur la politique,  de toute cette vie qui règne dans cette rue du centre.

 

 

 

Et puis j’aurai plus le droit aux petits plats cuisinés  d’Aide… Il n’y aura plus le perroquet qui m’accueillait avec son « hola » d’un air blagueur. Ce petit oiseau prenait d’ailleurs un malin plaisir de mettre au grand jour ses talents d’orateurs le samedi matin, quand la soirée de la veille appelait au sommeil…. C’est à ces moments là qu’il fallait l’entendre se mettre à siffloter, baragouiner un début de chanson, pouffer de rire, ou bien lancer un irrésistible « daaaame la patiiiita ».

 

 

Le mieux du mieux, c’était sa relation haine-amour avec le caniche …  Quand Aide jouait avec le Peroquet, lui répétant avec affection « mi amoooor, oooh mi amoor » le chien restait quelques secondes interdit, les yeux fixé sur la scène, puis violet de jalousie se mettait à aboyer de toute ses forces de petit caniche, il s’en dégageait  une atmosphère burlesque à mourir de rire de vous assure, énorme.

 

 

Le "Pahuichi" est encore en chantier, et un peu vide… il manque l’essentiel : un frigo et un sound system ; ) je m’en occupe ce weekend. C’est aussi ça qu’y est le fun, arriver dans un endroit impersonnel et en faire son repère. Bientôt la pendaison de crémaillère ! 

Par Spokito - Publié dans : Tarija, Bolivie
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Vendredi 2 décembre 2005

 

Tarija, le 10/11/2005,

 

Commençons par la météo ; ) Hier il a plu des trombes... c'était je crois la première fois que l'eau tombait du ciel depuis mon arrivée...  la pluie qui tombe c'est un peu un événement magique ici, en tout cas c'est comme ça que je l'ai vécu et j'ai pas pu résister à sortir et voir la ville transformée, les rues en torrent, les parapluies qui pour quelques heures ne protégeaient plus du soleil.. la plaza principal d'ordinaire pleine de monde c'était vidé pour ne garder que que ses roses et ses palmiers qui regorgeaient d'eau... bref c'était bin le fun de sentir cette ville avec un parfum différent.


Du côté de mon stage je suis en train de plancher sur la mise en place d'un campagne de mesure dans l'ensemble du bassin (qui fait une surface monstre... 272 000 km2) En bref, le plan c'est de mesurer la concentration de métaux lourds, dont le mercure dans l'eau et les sédiments du Pilcomayo. L' idée c'est d'essayer de comprendre ou sont stockées les milliers de tonne de mercure qui ont été déversées pendant trois siècles par les mines d'argent. Quels sont les risques pour la population liée à ce mercure qu'on retrouve en concentration relativement élevée dans l'eau de la partie basse du bassin.


Sans transition (ah les guignols me manquent... ;) je sais pas comment vous vivez les événements  qui se passent en France en ce moment... les gens ici ont du mal à comprendre, j'essaye d'expliquer, les beurres... Sarkosy...les cités... Ici la situation politique s'améliore pas et je vous cache pas que ca me prend un peu la tête, je suis bluffé devant l'égoïsme de certains, perplexe, je comprends pas, tout le monde sais ce sont les élections présidentielles de décembre qui sont en jeux et chacun reste comme muré dans sa position. Ce qui m'agace le plus c'est de pas vraiment comprendre ce qu'il y a vraiment derrière, qu'est-ce qui fait que ce pays a une organisation telle que de perdre un député pour un département représente une diminution du contrôle de son avenir intolérable. Enfin j'espère que ça va pouvoir s'arranger dans les jours qui viennent....

 
Sinon je me suis fait coupé les cheveux le weekend dernier... passionnant vous me direz ;) Nan mais parfois il y a des choses qui me dépassent.. a votre avis combien est-ce ça ma coûté cette coupe de cheveux ? Par combien de fois faut-il multiplier le prix d'une coupe de cheveux bolivienne pour avoir une coupe de cheveux française? .... Ça m'a coûté 5 bolivianos... et je pense que c'était pas le coiffeur le moins cher !  ... 5 bolivianos, ce qui fait donc environs 30 fois moins cher qu'un coiffeur en France !!! Qu'est ce qui fait qu'un tel écart est possible??  Ce qui me fait le plus mal au coeur c'est les enfants dans les rues, ces enfants qui à 11h du soir veulent te vendre des chewing gum, cirer tes chaussure ou te demander un peu de monnaie, parfois ils n'ont plus leur parents, parfois leur maman travaille un peu plus loin, elles vend des friandises. Ils ont 8 ans 10 ans ils te regardent avec toute l'humilité qu'ils peuvent mettre dans leurs yeux pour de ta main tombe quelques pièces... Qui est-ce qui va les aider pour qu'ils ne deviennent pas cette homme que la rue a rendu fou qui dort appuyer sur un lampadaire ? J'entendais l'autre jour Jaime Paz, candidat a la préfecture, expliquer que son programme politique consistait en autre, à utiliser l'argent du gaz ( point de départ de toutes les professions de foi d'ailleurs...) pour permettre aux enfants a l'école d'avoir des uniformes et deux repas par jours... et pendant qu'il parlait je revoyais ces enfants... et dans ce qu'il disait leur futur ne me semblait pas vraiment plus bleu....

 

 

 

Par Spokito - Publié dans : Tarija, Bolivie
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Mercredi 23 novembre 2005

 

 

 Désolé si cet article est un peu orienté TPE mais venant du pays aux 36 000 ronds points, étant passé par les cours de "Routes" de l'ami Michel et sa charrette  et autre "cours d'Economie des Transports"… je me devais d'aborder un sujet oh combien exotique : les règles de circulations de ce bout d'amérique latine.

 

 

 

 

 Commençons par l’épineuse question des règles de priorité. Spéciale dédicace à tout ceux qui sont passés par les petites salles obscures des auto-écoles de France …. entassés par dizaines dans 20 m2 à la limite de l'asphyxie à écouter avec résignation cette petite voie persiflante  du DVD… « soyez attentifs, et bonne chance » Que de patience pour attendre qu’elle finisse de corriger ces 40 questions une par une, soit d’une banalité sans nom, ou bien vicieuse à l’extrême, trouvant le moyen de t'expliquer qu'il fallait ralentir au feu vert, qu’il fallait mieux risquer d’écraser Robert au passage piéton parce qu’il n’avait pas mis son pied sur la ligne blanche, ou alors qu’il fallait s'arrêtre au passage pieton parce qu'une grand-mère dans sa robe à petit poids était cachée derrière le buisson et qu’on pouvait la deviner parce que la truffe de son caniche Kiki dépassait de quelques centimètres…. Bref je vous conseille de venir faire un tour ici pour voire comment ça se passe dans la vraie vie…

 

 

   Je plante le décor, un croisement sans panneau de priorité , deux voitures de même gabarit arrivent simultanément, pas un nuage dans le ciel, robert est au bistrot, la grand mère et son caniche prennent le thé dans leur cuisine.... La question est, quelle voiture a la priorité ? tic tac tic tac....

  

 

 Non pas celle qui vient de droite, ou celle qui n'as pas de panneau STOP ou autres artifices de la sorte... C'est celle qui klaxonne en premier ! Tout simplement...  Cependant cette simplicité est trompeuse et l'étranger non averti pourrait en rester là. Les quelques semaines que j'ai passé ici m'ont permis d'aller plus loin (qu’on se rassure je ne fais pas mon stage chez la Junior Entreprise comme compteur de tuture ;)

  

 

Ici les panneaux PARE (STOP en anglais, ARRET en québecois) prennent une tout autre dimension, c'est à dire qu'ils s'effacent.. deviennent transparents pour laisser place à la tradition. Je m'explique. Le panneau STOP et sa ligne blanche bien connue des prétendants au permis pratique, est ici, pour ainsi dire, sont des accessoires décoratifs. Ils constituent à eux deux une sorte de pot de fleur-art-moderne. Les autorités locales ont beau faire des efforts pour mettre ces pots fleurs sous leur meilleur jour, peindre, repeindre les lignes blanches, les décorer de petits plots réfléchissants... rien n'y fait..

 

Chaque rue a sa règle de priorité propre, c'est-à-dire que les gens savent… ils savent que telle rue à la priorité sur l’autre… sans que les panneux ne jouent aucun rôle la dedans ! La question est, comment savent-ils ? Le mystère reste entier mais j’ai eu des brides d’explications… Il  pourrait s’agir du degré de centralité de chaque rue, c'est-à-dire que quand une rue relie le centre de la ville à la périphérie elle a la priorité sur les autres… Evidement ces subtiles règles ancestrales ne sont pas toujours respectées et on pourrait crier au drame et déplorer de nombreux accidents… mais ce n’est pas sans compter sur le légendaire calme des chapacos  qui fait leur renommé dans tout le pays, ils sont la zen-attitude au volant comme dirait l'autre, et du coup aucun soucy.

 

 

 J'allais oublié les feux rouges qui ne travaillent que le dimanche, le jour du seigneur c'est un repos bien mérité pour leurs petites ampoules... et le gendarmes qu'on retrouvent partout dans le centre á la tombée de la nuit,  à tout les coins de rue y en a 100 (/50) pour faire reigner l'odre publique ... (être né sous l'signe de l'hexagone..) et à grands coups de sifflets, non sans peine, ils essayent de mettre un peu d'ordre dans la horde de véhicules... par contre ils n'ont que faire des motars sans casques des conducteurs sans ceintures et autres trucs du genre.

  

 

 Bon j’espère que vous ne vous êtes pas encore endormi devant votre ordinateur. Désolé… tout bon cours de Routes qui se respecte doit être un peu soporifique sur les borts. Aller une petite photo qui n'a rien à avoir  ... un brin louphoque je sais, maaais j'aaaaadooore l'abstrait. La question du jour : quel est l'auteur du tableau en arrière plan ?

 

 

 

... trêve de diversion  je poursuis donc.

 

 Grand 2 : les micros.

 

Les micros c’est un monde. Il faut d’abord rentrer dans ce monde… Les micros ce sont des petits bus d’une cinquantaine de place qui sillonnent la ville et qui ont même la gentillesse de me prendre devant chez moi pour m’amener au boulot.  Ce sentir chez soi dans un micro demande un peu de temps, c’est un apprentissage graduel.  

 

 D’abord il y a la première entrée dans le micro, le sentiment vraiment d’être le type qui débarque… Je demande combien coûte le ticket… le chauffeur me répond étonné… plus tard je réalise qu’on ne paye jamais en montant dans un micro…. et oui petit gringo on paye à la sortie du micro…

  

 

 

 

 

 

Et puis il y a eu les premiers jours ou j’essayai avec peine de distinguer quel mot magique utilisaient les passagers pour qu’à l’instant même où il était prononcé, le chauffeur arrêtait son véhicule pour les laisser descendre.  Un jour ce fut la révélation, depuis, c'est trop bon de lancer un bref et clair « me quedo »...

 

Chaque micro à son âme,  y en a pas un qui ressemble à l’autre. Bon évidement il y a des traits communs comme les posters de jolies filles ou le « Tarija la Linda  » inscrit sur les par brises ; )  L'univer des micros ce sont aussi ces enfants qui inventent ce qui peuvent pour gagner un peu d’argent … ils crient les directions pour attirer les passagers, récoltent la monnaie ou lisent le journal à haute voix pour le conducteur…

 

 

 

C'est tellement plus agréable un micro tarijenien qu'un esti de bus TCL lyonnais... Le micro n'a pas de contrôleur, le micro n'a pas d'"arrêt de bus" il suffit de tendre le bras à n'importe quel endroit dans la rue pour qu le micro s'arrête, dans le micro les gens te disent bonjour quand tu rentres, il y a des cuecas et chacalera ces musiques d'ici aux parfums de soleil qui sortent des hauts- parleurs de la radio...

 

 

 

 

 

 

 

Ceci dit...     je vais finir par m'acheter un vélo ; )

 

Par Spokito - Publié dans : Tarija, Bolivie
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Mardi 8 novembre 2005

 

Objectif CIMA (centro de investigacion minero ambiente), cette institution financée par le Japon détient plein de données indispensables pour l'avancée de mon stage. Enrico un expert italien du Proyecto avait prévu un bref voyage à Potosi comprenant ne rencontre des ingenieurs du CIMA, quand j'ai su ça, j'ai sauté sur l'occasion... et me voilà parti pour Potosí.

 

 

On est parti à l’aube, huits heures de trajet obligent. Quelques 20 minutes sur la route asphaltée et puis à la sortie de Tarija, la piste de terre commence, la voiture s’engage sur ce lit de secousse qui peut à peut devient familier. Le long de la route, on croise des gens qui marchent traînant leur lourds bagages sur ce chemin de terre, ils se dirigent avec peine vers la ville. Jonny, le conducteur nous dit qu’il doit y avoir un barrage, les voyageurs préfèrent finir le trajet pied plutôt que d’attendre le dénouement incertain du blocage de la route.

 

Notre voyage vers Potosi risque de se terminer là, à peine sortie de Tarija… On s’approche du blocage, une file de camions immobiles, des bus, les conducteurs dehors qui attendent. Jonny demande ce qui se passe. Il est question de construction de route. Il est prévu de faire passer la route asphaltée par tel endroit ce qui insupporte les habitants d’un village voisin qui voudraient bien voir passer les voyageurs chez eux…

 

Il n’y a pas un moyen de passer ? demande-t-on aux chauffeurs qui sont là à attendre. Si, vous pourriez prendre ce petit chemin qu’on voit là-bas, normalement ça devrait marcher, nous dit-on. On remonte dans la voiture, et on s’engage dans cet étroit chemin de terre qu’on nous a indiqué. Quelques minutes plus tard on retrouve la large piste, et une longue file de camions bloqués dans l’autre sens. On avance doucement, on nous fait signe d’y aller… Et la voiture s’élance, le voyage commence.

 

 

 

Très vite la piste se transforme en lacets, l’aiguille de l’altimètre ne cesse de tourner, bientôt Enrico m’annonce non sans plaisir que je viens de passer mon baptême des 3800 m. Ca va… pas trop éprouvant bien calé dans mon siège, la prochaine fois ça sera à la sueur de mon front, promis !

 

La voiture serpente dans la brume jusqu’au col, et puis c’est la descente, j’ai l’impression d’arriver dans un autre monde... après le sable de Tarija, c’est le pays de la pierre, les maison se confondent avec cette multitude de galets posés sur les flancs des montagnes.

  

 

On atteint Izkayachi, une rue principale, une place, des trotoires en terre et un petit restaurant qui nous accueille pour faire une pause. On m’offre un thé à la feuille de coca... j'en ai jamais vu les effets si ce n'est un goût un peu âpre bien particulier.

 

Après cette brève pause on repart et traverse le village. Je regarde ces visages qui me scrutent, j’essaye de me mettre à la place de ces gens qui voient passer cette 4x4, une sorte d'ovni surement, je sens la frustration de ne faire que passer… de rien pouvoir donner, juste de prendre leur image que mes yeux gravent.

 

 

 

 

 

 

 

 La magie opère, les pierres, le sable, les couleurs de la terre qui se mélangent.

Des falaises en tableau, les nuages qui caressent leurs contours, le soleil qui transperce.


Des lamas qui broutent entre les cactus et le sable

 

Et puis ces camions qui dévalent en traînant leurs poussières. Les enfants qui courent le long du chemin un cartable sur le dos, les yeux qui brillent dans ce milieu de monde désert.

 

Un chien qui dort sur la route comme assommé par le soleil.

 

 A la sortie d’un village, des sacs plastiques par milliers de toutes les couleurs, symbole du consumérisme, symbole d’un échec, symbole d’un défit.


Ces hommes qui travaillent dans le vent sous la pluie le soleil le long de la piste, qui font la sieste dans le creux d’une pelle mécanique ou a l’ombre d’un buisson.

 

Cette maman marchant de son petit pas portant son bébé, qu’est-ce qui la fait avancer ou va-t-elle, d’ou vient-elle dans ce milieu de rien...

 

Des regards croisés, usés par le vent le soleil le temps, vidés par la fatigue, des lopins de terres des ruines qui défilent, le temps d’imaginer une vie.

 

 Des terres a perte de vue, l’infini devant les yeux, l’infini, beau comme le silence

 

 

 

 Et puis l’eau... le vert qui explose quand elle chatouille les racines, ces immenses eucalyptus, le vent des peupliers, la vie qui éclate.

 

 

 

 

 Ces quelques heures passées, buvant du regard, nous arrivons a Potosí. La ville qui vous coupe le souffle, par ses reflets argentés des toits par milliers éparpillés sur les pentes qui éblouissent quand on arrive, ses 4000m qui vous rendent la montée 2 par 2 des escaliers presque aussi épuisante qu’un cent mètre.

 

 

 

Enrico n’en a pas dormis de la nuit, et s’est réveillé les yeux hagards, le souffle court. L’annonce des prochains blocage de route l’a décidé à  avancer notre retour vers Tarija. Du coup j’ai pas pu rencontrer toutes les personnes que je voulais au CIMA même si j'ai pris des contacts essentiels... et puis ça nous a évité de rester bloquer peut être plusieurs jours.

 

Ces blocages restent pour moi quelque chose de peu compréhensible tout comme la situation politique du pays. Les tensions sont grandes entre les départements, nottament entre la Paz capitale administrative, et Santa Cruz nouvelle capitale économique. Julio me dit qu’il y a de la haine dans l’air et que ça ne présage rien de bon.

 

La tentation du totalitarisme… j’ai croisé ce livre a l’alliance francaise, je sais absolument pas ce qu’il contient mais le titre me résonne aux oreilles. Plusieurs fois j’ai entendu « ce qu’il faudrait c’est un pouvoir qui prenne les choses en main »  Et les phrases qui me glacent le dos… «  c’est un Pinochet qu’il nous faudrait… » J’ai lu Missing il y a pas longtemps, cette histoire vrai de ce journaliste américain assassiné parce que trop bien renseigné sur l’implication de son pays dans le coup d’état contre Allende au Chili.. C’est effrayant autant que révoltant de voir comment le « pays de la liberté », en a écrasé un autre parce que son chef d’état, élu démocratiquemen, et dans le plus grand respect de la constitution, avait décidé de mener une politique socialiste… 

 

Ici, les frictions sont focalisées sur le nombre de députés accordé à chacun des départements boliviens. D’après la constitution ce nombre est déterminé par le nombre de personnes vivant dans chaque département. Santa Cruz dont la population c’est accrue de façon importante ces dernières années devrait, ou plutôt aurait dû, selon cette règle, voir son nombre de député augmenter.

 

 

Suite à la crise d’il y a deux ans un accord avait été trouvé pour avancer la date des élections en maintenant le nombre de députés. Aujourd’hui alors qu’on est plus qu’à quelques semaines des élections ce nombre est remis en question et Santa Cruz réclame avec véhémence que la constitution soit respectée et que son nombre de représentants à la chambre des députés soit augmenté. La partie occidentale du pays voit ça comme un moyen d’empecher le déroulement des élections du 4 decembre et la possible élection d’Evo Morales, candidat du MAS (Movimiento Al Socialimo) en tête dans les sondages...

 

Aucun accord n’a été trouvé et on voit les diplomaties étrangères s’activer pour tenter de préserver ces élections, et avec elle, la démocratie bolivienne.

 

Tout ça ne fait que renforcer la rivalité entre La Paz et Santa Cruz, mettre en exergue les questions d’autonomie… C'est dingue l’importance qui est donnée à cette question d’autonomie des départements, il y a une grande part des chapacos pour qui une forme d’indépendance de Tarija serait à considérer… A l’heure ou en Europe on essaye difficilement de construire à plusieurs un modèle plus sociale que le néolibéralisme forcené, ça me fait un peu mal cette attirance pour le « on a ce qui faut pour s’en sortir, pourquoi pas donc… » c’est sur que c’est moins facile à plusieurs… mais  j’ai parfois envie de leur crier cette fameuse devise qu'on trouve sur toutes les pièces de monnaies : « union es fuerza » !

 

 

 Si le nombre de député de Santa Cruz, il faut qu’il diminue dans un autre département… à Potosi par exemple… D’où les blocages de routes qu’on a réussi à éviter en avançant notre départ d’un jour.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après une visite de terrain mercredi matin on est donc reparti, un peu précipitamment... Ce fut un retour dans les nuages, dans le brouillard qui se déchire, sous la pluie, la pluie qui fait naître la boue… Au bout d’une heure de route, on aperçoit un  homme qui lève son  panneau « pare », la voiture ralentie.

 

La piste est barrée, une pelleteuse s’active, un mur de terre s’élève devant nos yeux. Pas possible de contourner l’obstacle, une seule arme, la patience. On a aucune idée de la durée de cette danse saccadée de la pelleteuse. La pluie tombe.

 

 

 

Le ballet continue on regarde impuissant la terre qui s’accumule nous barrant la route. Ils mettent en place un tuyau d’écoulement des eaux sous la route, il faut creuser placer les morceaux de tube, combler de matériaux fins, recouvrir le tout… 2 heures passent la pelleteuse peaufine, on  trépigne…

 

Et puis c’est repartis on prend de la vitesse, la grisante, la piste défile, tout autour comme réponse ironique à cette vitesse, l’immensité impassible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La nuit tombe, les camions se réveillent et ont l'air de se multiplier avec l’obscurité, la route serpente entre les précipices, et Jonny qui conduit depuis des heures avec la cette adresse sure et impassible qui nous rapproche toujours un peu plus de Tarija la douce.


Un peu avant minuit, la voiture s’arrête, je sors en saluant mes compagnons de voyage, un peu hébété par la fatigue, la tête remplie de voyage, je regarde la voiture s’éloigner, couverte de boue et de poussière sous la lumière des lampadaires...  

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Benito - Publié dans : Tarija, Bolivie
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