Objectif CIMA (centro de investigacion minero ambiente), cette institution financée par le Japon détient plein de données
indispensables pour l'avancée de mon stage. Enrico un expert italien du Proyecto avait prévu un bref voyage à Potosi comprenant ne rencontre des ingenieurs du CIMA, quand j'ai su
ça, j'ai sauté sur l'occasion... et me voilà parti pour Potosí.
On est parti à l’aube, huits heures de trajet obligent. Quelques 20 minutes sur la route asphaltée et puis à la sortie de Tarija,
la piste de terre commence, la voiture s’engage sur ce lit de secousse qui peut à peut devient familier. Le long de la route, on croise des gens qui marchent traînant leur lourds bagages sur
ce chemin de terre, ils se dirigent avec peine vers la ville. Jonny, le conducteur nous dit qu’il doit y avoir un barrage, les voyageurs préfèrent finir le trajet pied plutôt que d’attendre le
dénouement incertain du blocage de la route.
Notre voyage vers Potosi risque de se terminer là, à peine sortie de Tarija… On
s’approche du blocage, une file de camions immobiles, des bus, les conducteurs dehors qui attendent. Jonny demande ce qui se passe. Il est question de construction de route. Il est
prévu de faire passer la route asphaltée par tel endroit ce qui insupporte les habitants d’un village voisin qui voudraient bien voir passer les voyageurs chez eux…
Il n’y a pas un moyen de passer ? demande-t-on aux chauffeurs qui sont là à attendre. Si, vous pourriez prendre ce petit chemin qu’on voit là-bas, normalement ça devrait marcher, nous dit-on. On remonte dans la voiture, et on s’engage dans cet étroit chemin de terre
qu’on nous a indiqué. Quelques minutes plus tard on retrouve la large piste, et une longue file de camions bloqués dans l’autre sens. On avance doucement, on nous fait signe d’y aller… Et
la voiture s’élance, le voyage commence.
Très vite la piste se transforme en lacets, l’aiguille de l’altimètre ne cesse de tourner, bientôt Enrico m’annonce non
sans plaisir que je viens de passer mon baptême des 3800 m. Ca va… pas trop éprouvant bien calé dans mon siège, la prochaine fois ça sera à la sueur de mon front, promis !
La voiture serpente dans la brume jusqu’au col, et puis c’est la descente, j’ai l’impression d’arriver dans un autre monde... après le
sable de Tarija, c’est le pays de la pierre, les maison se confondent avec cette multitude de galets posés sur les flancs des montagnes.
On atteint Izkayachi, une rue principale, une place, des trotoires en terre et un petit restaurant qui nous accueille pour faire
une pause. On m’offre un thé à la feuille de coca... j'en ai jamais vu les effets si ce n'est un goût un peu âpre bien particulier.
Après cette brève pause on repart et traverse le village. Je
regarde ces visages qui me scrutent, j’essaye de me mettre à la place de ces gens qui voient passer cette 4x4, une sorte d'ovni surement, je sens la frustration de ne faire que passer… de rien
pouvoir donner, juste de prendre leur image que mes yeux gravent.
La magie opère, les pierres, le sable, les couleurs de la terre qui se mélangent.
Des falaises en tableau, les nuages qui caressent leurs contours, le soleil qui transperce.
Des lamas qui broutent entre les cactus et le sable
Et puis ces camions qui dévalent en traînant leurs
poussières. Les enfants qui courent le long du chemin un cartable sur le dos, les yeux qui brillent dans ce milieu de monde désert.
Un chien qui dort sur la route comme assommé par le soleil.
A la sortie d’un village, des sacs plastiques par milliers de toutes les couleurs, symbole du consumérisme, symbole d’un échec,
symbole d’un défit.
Ces hommes qui travaillent dans le vent sous la pluie le soleil le long de la piste, qui font la sieste dans le creux d’une pelle
mécanique ou a l’ombre d’un buisson.
Cette maman marchant de son petit pas portant son bébé, qu’est-ce qui la fait avancer ou va-t-elle, d’ou vient-elle dans ce milieu de
rien...
Des regards croisés, usés par le vent le soleil le temps, vidés par la fatigue, des lopins de terres des ruines qui défilent, le temps
d’imaginer une vie.
Des terres a perte de vue, l’infini devant les yeux, l’infini, beau comme le silence
Et puis l’eau... le vert qui explose quand elle chatouille les racines, ces immenses eucalyptus, le vent des peupliers, la vie
qui éclate.
Ces quelques heures passées, buvant du regard, nous arrivons a
Potosí. La ville qui vous coupe le souffle, par ses reflets argentés des toits par milliers éparpillés sur les
pentes qui éblouissent quand on arrive, ses 4000m qui vous rendent la montée 2 par 2 des escaliers presque aussi épuisante qu’un cent mètre.
Enrico n’en a pas dormis de la nuit, et s’est réveillé les yeux hagards, le souffle court. L’annonce des prochains blocage de route
l’a décidé à avancer notre retour vers Tarija. Du coup j’ai pas pu rencontrer toutes les personnes que je voulais au CIMA même si j'ai pris des contacts essentiels... et puis ça nous a
évité de rester bloquer peut être plusieurs jours.
Ces blocages restent pour moi quelque chose de peu compréhensible tout comme la situation politique du pays. Les tensions
sont grandes entre les départements, nottament entre la Paz capitale administrative, et Santa Cruz nouvelle capitale économique. Julio me dit qu’il y a de la haine dans l’air et que ça ne
présage rien de bon.
La tentation du totalitarisme… j’ai croisé ce livre a l’alliance francaise, je sais absolument pas ce qu’il contient mais le titre me
résonne aux oreilles. Plusieurs fois j’ai entendu « ce qu’il faudrait c’est un pouvoir qui prenne les choses en main » Et les phrases qui me glacent le dos… « c’est un
Pinochet qu’il nous faudrait… » J’ai lu Missing il y a pas longtemps, cette histoire vrai de ce journaliste américain assassiné parce que trop bien renseigné sur l’implication
de son pays dans le coup d’état contre Allende au Chili.. C’est effrayant autant que révoltant de voir comment le « pays de la liberté », en a écrasé un autre parce que son chef d’état,
élu démocratiquemen, et dans le plus grand respect de la constitution, avait décidé de mener une politique socialiste…
Ici, les frictions sont focalisées sur le nombre de députés accordé à chacun des départements boliviens. D’après la constitution ce
nombre est déterminé par le nombre de personnes vivant dans chaque département. Santa Cruz dont la population c’est accrue de façon importante ces dernières années devrait, ou plutôt aurait dû,
selon cette règle, voir son nombre de député augmenter.
Suite à la crise d’il y a deux ans un accord avait été trouvé pour avancer la date des élections en maintenant le nombre de députés.
Aujourd’hui alors qu’on est plus qu’à quelques semaines des élections ce nombre est remis en question et Santa Cruz réclame avec véhémence que la constitution soit respectée et que son nombre de
représentants à la chambre des députés soit augmenté. La partie occidentale du pays voit ça comme un moyen d’empecher le déroulement des élections du 4 decembre et la possible élection d’Evo
Morales, candidat du MAS (Movimiento Al Socialimo) en tête dans les sondages...
Aucun accord n’a été trouvé et on voit les diplomaties étrangères s’activer pour tenter de préserver ces élections, et avec elle, la
démocratie bolivienne.
Tout ça ne fait que renforcer la rivalité entre La Paz et Santa Cruz, mettre en exergue les questions d’autonomie… C'est
dingue l’importance qui est donnée à cette question d’autonomie des départements, il y a une grande part des chapacos pour qui une forme d’indépendance de Tarija serait à considérer… A
l’heure ou en Europe on essaye difficilement de construire à plusieurs un modèle plus sociale que le néolibéralisme forcené, ça me fait un peu mal cette attirance pour le « on a ce qui faut
pour s’en sortir, pourquoi pas donc… » c’est sur que c’est moins facile à plusieurs… mais j’ai parfois envie de leur crier cette fameuse devise qu'on trouve sur toutes les pièces de
monnaies : « union es fuerza » !
Si le nombre de député de Santa Cruz, il faut qu’il diminue dans un autre département… à Potosi par exemple… D’où les blocages
de routes qu’on a réussi à éviter en avançant notre départ d’un jour.
Après une visite de terrain mercredi matin on est donc reparti, un peu précipitamment... Ce fut un retour dans les nuages, dans le
brouillard qui se déchire, sous la pluie, la pluie qui fait naître la boue… Au bout d’une heure de route, on aperçoit un
homme qui lève son panneau « pare », la voiture ralentie.
La piste est barrée, une pelleteuse s’active, un mur de terre s’élève devant nos yeux. Pas possible de contourner l’obstacle, une
seule arme, la patience. On a aucune idée de la durée de cette danse saccadée de la pelleteuse. La pluie tombe.
Le ballet continue on regarde impuissant la terre qui s’accumule nous barrant la route. Ils mettent en place un tuyau d’écoulement des
eaux sous la route, il faut creuser placer les morceaux de tube, combler de matériaux fins, recouvrir le tout… 2 heures passent la pelleteuse peaufine, on trépigne…
Et puis c’est repartis on prend de la vitesse, la grisante, la piste défile, tout autour comme réponse ironique à cette vitesse,
l’immensité impassible.
La nuit tombe, les camions se réveillent et ont l'air de se multiplier avec l’obscurité, la route serpente entre les précipices,
et Jonny qui conduit depuis des heures avec la cette adresse sure et impassible qui nous rapproche toujours un peu plus de Tarija la douce.
Un peu avant minuit, la voiture s’arrête, je sors en saluant mes compagnons de voyage, un peu hébété par la fatigue, la tête remplie
de voyage, je regarde la voiture s’éloigner, couverte de boue et de poussière sous la lumière des lampadaires...
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